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  • Enseignant de sociologie.Directeur du Centre des Arts visuels, Electroniques et du Multimédia (IRISSON). Président du Festival International des Arts Visuels et des Nouveaux Médias. Ex-directeur du Festival d'Art Vidéo de casablanca

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Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /Nov /2008 21:02




Arrêtons de tourner autour du pot, soyons clair: après quelques années d’interruption (qu’il faudrait une thèse d’histoire contemporaine pour expliquer), le festival d’art vidéo de Casablanca, fondé au début des années 1990 par Marc Mercier et une poignée d’aventuriers marocains, a redémarré au mois d’avril dernier, grâce au sponsoring de la bank Attijariwafa.

 

Pour marquer cette continuité, les trois organisateurs du Festival des Arts Visuels et des Nouveaux Médias, Ghita Triki (historienne des arts et conseillère artistique auprès de la banque sponsor), Majid El Jihad (professeur d’art vidéo), Majid Seddati (sociologue, esthète), tous anciens complices de Marc Mercier, avaient élu celui-ci comme invité d’honneur. Juste retour à l’envoyeur.

 

 Ambiance chaleureuse, atmosphère studieuse, accueil méritant tous les éloges.

 

Il y avait un colloque, des projections, des spectacles musicaux, un atelier destiné aux étudiants des Beaux-arts. Tout ce qu’il faut pour faire un beau festival, enflammer les imaginations des artistes et des promoteurs, donner du grain à moudre aux invités (venus de tout le Maroc, d’Italie, de Belgique, de France et du Québec).

 

L’atelier de vidéo interactive, animé par Paolo Rosa du Studio Azzurro, avait pris pour thème Casablanca, ses habitants et leurs itinéraires favoris. On pourrait lui consacrer une thèse tant il fut riche, mais soyons plus direct. Le résultat final se présentait sur un immense écran, mur tactile, sur lequel on voyait défiler des hommes et des femmes, de gauche à droite, que vous pouviez interpeller. En posant votre main sur un de ces passants vous l’immobilisiez et alors, se tournant vers vous, il se mettait à exposer un de ses parcours de prédilection dans la ville: de là à là en passant par ici et ici, etc… Derrière lui, en même temps qu’il (ou elle) parlait, se dessinait une carte du quartier évoqué, ainsi que des vues des immeubles et des rues, des places et des fontaines rencontrés sur trajet concerné.  

 

Simple, efficace, poétique, sociologique. Bravo les azzuri !

 

Le colloque, sur lequel on écrira peut-être un jour une thèse (Origine du renouveau de l’art contemporain au Maroc), agita mille idées pour débrider les arts num’ – c’est-à-dire, mus Roland Cahen. En peinture avec Rim Laabi. En performance, avec Richard Martel. En théorie esthétique, avec Marc Jimenez. En poésie instantanée, avec Elisabeth Klimoff et Clément Charmet. En arts plastiques, avec Ahmed Jaride. En interactivité, avec Florent Aziosmanoff. En stratégie culturelle, avec Hicham Abkari. En création théâtrale, avec Khadija El Bennaoui. En création web, avec Anne Roquigny. En nomadisme poétronique, avec Marc Mercier. En art vidéo, votre serviteur – étonné d’être à peu près seul (avec Marc Mercier) à parler encore de ce champ originel, où le numérique s’est incrusté sans créer de transformation décisive, se contentant de mettre de l’huile dans des rouages tournant déjà à plein régime.

 

Pourtant quand on fréquentait les salles de diffusion (à l’institut Cervantes, au Centre Culturel Français), c’était bien de l’art vidéo qu’on nous conviait à voir (même si aucune thèse ne viendra se pencher sur ça).

 

Et c’est ainsi que nous avons pu découvrir des œuvres venant du Liban, d’Algérie, de Syrie, de Palestine, tout à fait étonnantes. Ramenées par Marc Mercier de ses périples en Palestine (en vue de fonder à Ramallah le premier festival d’art vidéo palestinien), ce sont surtout des témoignages sur l’état des lieux de ces « territoires » martyrs.

 

July Trip, de Waël Nourredine, étonne par son parti pris « road movie » dans un « no men’s land», façon de constater, sans mot dire, la dévastation causée par l’armée israélienne au Liban, en juillet 2006. La guerre est passée là : silence dans les ruines. La guerre demeure là : longs travellings en voiture, terrifiants de répétition, sans fin. Quelque chose ne passe pas. Impossible après-guerre : un « toujours là» s’expose froidement. Mieux que ne saurait le faire un documentaire bavard.

Chic Point, de Charif Wake, prend les choses tragiques au revers de l’humour… noir. Il accole un étrange défilé de mode, où les mannequins portent des vêtements troués ou saturés de zips, et une série de photos noir et blanc montrant des palestiniens obligés à un check point de soulever leur chemise pour exhiber leur torse nu, preuve qu’ils ne cachent pas sur eux des munitions. Du réel étouffant à la fantaisie grinçante :

 

Corps et voiles, de Valérie Malek, pour donner la mesure des contradictions du monde musulman se contente de regarder, avec le sourire, le spectacle d’une plage en Jordanie au bord de la mer Morte : d’un côté, des femmes se baignent tout enchiffonné comme au XIXe siècle les parisiennes en Normandie, de l’autre, des corps magnifiques paradent au bord de l’eau en bikini. Tout ce petit monde coexiste sous la douche et… dans le plan. Car c’est le cadrage qui dit tout ici. Coexistence pacifique ? Résistance ? On se demande jusqu’à quand. Qui va entraîner l’autre ?

 

D’une sélection marocaine, je retiens surtout Ex Nihilo, de Medhi Alib, superbe poème atomiste, méditant sur l’expansion de la vie, de la goutte d’eau au ciel infini. Accélérés, ralentis, virages de couleur, montage aux rythmes telluriques : un travail plastique sidérant. Soutenu par une musique ad hoc.

 

Pour finir ce tour d’horizon, on peut se repasser les boucles de Sanaa, passage en noir, de Robert Cahen (qui reçut à Casablanca un hommage spécial). Des femmes toute de noir vêtues se glissent dans une rue de la capitale du Yemen. Comme dans un défilé de mode, on observe les plis, les accessoires (sacs, chaussures) et l’allure des tops modèles, dont on aimerait bien voir 6 quand même un bout de visage. Et l’on s’interroge : pourquoi traiter le corps de cette façon ? L’art est-il possible dans une culture qui voile autant les formes humaines ?

La réponse l’année prochaine, sans doute. Car toutes sortes de jeunes talents sont en train d’éclore, d’exploser dans la société marocaine, où les écoles d’arts visuels, de graphisme animé, de réalisation se multiplient et attirent de plus en plus de passionné(e)s d’images contemporaines.

 

© Jean-Paul Fargier

Turbulences Vidéo- revue trimestrielle #60, juillet 2008



 

http://www.videoformes-fest.com/publication__turbulences_video.php

Par jihadmajid - Publié dans : Festival - Communauté : Critique d'art
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